Banane

Ce soir, il y avait concert. Comme souvent, hein, vous commencez à me cerner. Mais je ne sais pas trop pourquoi, je me dis que ça vaut le coup d’en parler. Et pas uniquement parce qu’il n’y a eu aucun drame.

C’était une double release party. C’est-à-dire que deux groupes enchaînaient et célébraient l’un comme l’autre la sortie d’un album. Dès lors, ça fait un peu mesquin de parler de première partie ou d’ouverture. Mais bon, vous comprenez bien le machin, hein ?

En ouverture, donc, c’était Yacht Club. Au Petit Bain, puisque j’ai oublié de le préciser. Le Petit Bain est une structure sur la Seine près de la Bibliothèque François Mitterrand, à Paris (oui alors si vous n’avez toujours pas capté que j’étais parisien… bon,  c’est peut-être que jusqu’ici je faisais l’impasse sur les indices. Je ne sais pas trop. Enfin bref, montmartrois, enchanté).

Donc… Je me suis aimablement bouffé le nez récemment avec un ami, critique musical à ses heures, sur le faux problème des groupes sous influence. En l’occurrence, les Liminanas. A qui il reprochait une trop grande conformité aux canons new wave et à New Order en particulier. A quoi je réponds que l’influence n’a rien de secrète, puisque Peter Hook de New Order (et Joy Division donc) a participé aux deux derniers albums. Et que d’autre part, c’est une forme  de conformisme de considérer une absence de couleur propre à ce groupe : la colonne vertébrale, contre toute norme, est constituée d’une batteuse et d’un guitariste. Autrement dit aucun chanteur : non seulement le chant est tournant, mais il passe très souvent par des invités (Bertrand Belin, Emmanuelle Seigner, etc.). Bref, on quitte ici nos habitudes de public liées à la voix.

Je m’égare, mais pas tant que ça. Cette notion d’influence est ici prégnante : Yacht Club est une digestion permanente et intégrale de Deerhoof (un de mes groupes préférés). Chaque membre du quatuor y est le pendant d’un membre du groupe original. Y compris sur le plan ethnique, vu que la clavieriste-chanteuse est d’origine asiatique, et chante volontiers (ou déclame des poèmes, plutôt) en japonais (commencez pas à me chercher sur la langue, j’en sais rien après tout. Juste que Satomi Matsuzaki de Deerhoof est d’origine japonaise et que ça donne sens).

Bref… Il s’avère que Yacht Club est parfaitement exécuté, inventif, rigoureux. Certes, le calque de Deerhoof peut décontenancer. Mais on écoute des groupes sous influence grunge, shoegaze, stoner ou post punk à longueur de temps et on prend à peine le temps de se plaindre des ressemblances. Le fait est qu’il n’y a pratiquement pas en France d’influence Deerhoofesque. Alors écoutez Deerhoof, puisque c’est effectivement extraordinaire et une redécouverte de chaque instant. Mais écoutez aussi Yacht Club, et surtout allez les voir. Parce que c’est influencé, comme tout le monde,  et c’est néanmoins brillant, et vivace. Éminemment satisfaisant, donc.

Ils ont cédé leur place aux « têtes d’affiche », qui portent un des noms de groupes les plus motivants de la scène actuelle : Francky goes to Pointe à Pitre. Release party également si vous suivez. C’est ce groupe que je venais voir à la base. Parce que le projet initial de zouk-rock interpelle. Et parce que c’est un des side projects de Jeremie Vassereau, guitariste de Pneu (et donc la Colonie de Vacances), et que ça compte pour moi (Pneu a été notre premier concert, dans cette même salle, au Petit Bain, fin Novembre 2015. Parce qu’on est des déglingos).

Du zouk rock donc. Et on n’a aucunement été déçu : l’envie de voyager au soleil le disputait avec véhémence à celle de secouer la tête. Mais c’est surtout une irrépressible envie de sourire qui débordait de toute part. Parce que la joie était tellement communicative. Tout en étant parfaitement bluffant, hein, on a affaire à des techniciens hors pair. Mais qui se font avant tout plaisir, et ont envie qu’on les suive sur cette voie.

On finit donc à faire une chenille rock et hilare, qui, si drôle soit-elle, met néanmoins en exergue le fait que la salle est loin d’être pleine (on n’a aucun mal à progresser). Mais ce qu’il m’en reste, c’est ce sourire universel, cette envie de danser. Nos rocks poisseux pour dépressifs, je les aime profondément, bien sûr. Et depuis toujours. Mais pourquoi ne pas s’autoriser un franc et profond sourire, voir rire pendant un concert ?

L’instrumentale vociférante de Francky vous prend à rebours ? Laissez-vous aller. Yacht Club vous rappelle trop Deerhoof ? A la bonne heure, personne en France ne suit ce chemin. Ils peuvent bien calquer si ils veulent, suivez les. Allez voir Yacht Club, parce qu’ils se donnent, ils vous donnent. Allez voir Francky, parce qu’ils veulent se faire plaisir, vous faire plaisir. Et ça marchera, dans un cas comme dans l’autre, si vous acceptez de simplement vous ouvrir, et vous laisser sourire.

Cette soirée de concert était exceptionnelle, en fait, et ce malgré le fait que je sois particulièrement verni parmi tous les formidables concerts que je suis depuis ces derniers mois (depuis que je fréquente L., à vrai dire). Ne boudons pas notre plaisir, ne jouons pas au plus malin avec ce qui nous apporte la paix. Il n’est pas exclu qu’il ne nous reste que cela à la fin.

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